« Ce que j’aime du voyage, c’est l’étonnement du retour.»
Stendhal in Mémoires d’un touristes.
« Ce que j’aime du voyage, c’est l’étonnement du retour.»
Stendhal in Mémoires d’un touristes.
11 mois jour pour jour après notre arrivée au Caire, nous revoici prêts à décoller pour clore cette année spéciale pour nous. Beaucoup de choses vécues, parfois étranges, parfois difficiles, bien souvent enrichissantes et très souvent heureuses. Nous repartons de cette aventure avec quelques kilos de bagages en plus, et des tonnes de souvenirs en plus. L’heure n’est pas encore totalement au bilan, mais il devrait arriver petit à petit, avec un petit recul sur l’expérience vécue.

Alors au revoir et à demain ! Insh allah !

Nous revenons tout juste du camp à la mer rouge ! C’est une fois l’équipe d’animation renforcée (par l’arrivée de nos amies alsaciennes), que nous avons rejoint les filles à la mer mercredi. Elles y étaient depuis lundi.
Au programme: BAIGNADE bien sûr, crêpes, fabrication de cerf-volants, atelier vernis à ongles (avec 60 filles, ça s’impose
), peinture, partage biblique, sieste, veillées animées, ateliers scoubidous et bracelets brésiliens, …


Le tout dans un cadre très très sympa, et dans une ambiance plus qu’agréable !

LE BONHEUR !


Plusieurs personnes nous ont souvent demandé : « ce n’est pas trop dur de travailler dans un orphelinat ?»
Et bien non, cette expérience nous a montré que non, et pour 3 raisons selon nous…
La première, c’est qu’il ne s’agit pas d’un « orphelinat» . C’est un vieux nom qui était juste à l’époque, et qui resté dans le langage. Or, aujourd’hui, il n’y a plus d’orphelines. Il s’agit en fait d’un « foyer d’accueil» , géré par une paroisse protestante réformée égyptienne. N’est-ce pas plus dur d’être « orphelins» avec des parents qui ne peuvent pas s’occuper de vous?
Ce foyer accueille environ 80 filles chrétiennes, dont les familles sont trop pauvres pour subvenir à leurs besoins fondamentaux que sont la nourriture, un logement décent et la scolarisation. Sans compter les problèmes sociaux. Elles habitent à la maison toute l’année et rentrent pendant un mois pendant les congés d’hiver en février, puis 2-3 en été. Sinon, les parents qui n’habitent pas trop loin peuvent venir en visite le vendredi ou le dimanche. A Noël et à Pâques, un repas de fête est organisé pour les familles des filles.

Ensuite, la sœur avec qui je travaille ne veut pas seulement les tirer de leur pauvreté matérielle. Mais elle veut LE MEILLEUR pour chacune d’elle. Ce qu’elle souhaite pour chacune d’elle, c’est ce qu’elle souhaiterait pour sa propre fille. Il ne suffit pas de les habiller, de leur donner du pain et de les mettre à l’école. Il s’agit de les reconstruire humainement, de leur redonner une dignité et une confiance en elle. Beaucoup passe par le regard que l’on porte sur elles: Un regard qui relève, un regard qui voit plus que la pauvreté de leur famille, un regard aimant (ce malgré toutes les petites bêtises !), un regard qui les valorise et les rend unique.
C’est aussi leur apprendre à prendre soin d’elles. Elle leur choisit les meilleurs habits parmi ce qu’elle reçoit: que les filles se sentent propres et belles. Qu’elles ne se sentent pas « moins que les autres» , ni différentes. C’est toute une éducation aussi : des valeurs à transmettre, elles-même inspirées par l’Évangile, une manière de vivre ensemble, l’importance des études pour avoir un avenir… La sœur n’a pas simplement cherché une école du gouvernement, mais a trouvé des places dans une école bilingue français-arabe. Tout ce qu’elle reçoit est pour les filles. Si vous les voyiez, elles sont si charmantes ! Nous oublions souvent d’où elles viennent… et tant mieux ! Ô combien souffrent-elles lorsque certains viennent les prendre en photo (à la maison et en jogging) pour les publier dans des revues (d’Eglise souvent) avec des commentaires pleurant la « misère» . Alors qu’elles ne veulent pas être regardées comme de « pauvres orphelines» mais bien comme des filles « commes les autres» , avec autant de chances et de valeur ! Ce qui ne signifie pas que la maison n’a pas besoin de soutien, au contraire, la maison ne vit quasiment que de dons. La question de la pub « missio-humanitaire» et des dons reste une question difficile.
Assurément, cette expérience m’a montrée que sa vie peut toujours changer. Cette maison témoigne de l’espérance en laquelle nous croyons et pour laquelle nous travaillons chaque jour ici et là.
Enfin, ces filles sont aujourd’hui de vrais rayons de soleil. Des petites filles qui jouissent d’une sécurité matérielle et affective depuis quelques temps, et qui aujourd’hui sont pleines de vie et d’énergie. Ceux qui sont passés par là en témoigneront. Il faut s’accrocher, elles sont increvables ! Ce n’est pas du tout un « orphelinat» triste qui nourrirait un certain misérabilisme. Au contraire, c’est un lieu de joie, d’espérance, qu’on a envie de soutenir parce qu’on y croit, me semble-t-il. Parce qu’on sent l’amour de Dieu à travers tous ces gestes qui s’échangent là-bas. Parce qu’on sent, que cette maison dans la prairie cairote est gérée avec un véritable amour pour ces/ses filles. C’est un lieu de vie plein de jeunes filles avec autant de caractères que d’histoires, et de joies comme de chagrins, de peurs comme d’assurances, de difficultés comme de talents.
« Ce qui importe, ce n’est pas le voyage, c’est celui avec lequel on voyage.»
(JL Gendry)

Oui, ce voyage nous l’avons vécu à 2.
C’est un souvenir partagé, une école de vie vécue à 2. Nous avons « grandi» à tous points de vue. L’un avec l’autre. Notre regard sur le monde et sur la vie a changé. Notre vie à 2 a été enrichie par cette expérience commune et les souvenirs qui nous habitent. El Hamdulillah ! Nous sommes si reconnaissant de tout ce que nous avons pu vivre cette année.
Peut-être sentez-vous le ton de la « fin» dans ce post. Car oui, nous en approchons. Dans moins d’un mois, nous serons en Alsace.
Nos malles sont presque prêtes à partir. Nos traces de voyages sont emballées. L’heure est aux « au revoir» . A l’Egypte, aux collègues, aux filles, à toutes nos rencontres, à la paroisse, à la soeur.

Donc ce n’est pas seulement CELUI/CELLE. C’est CEUX avec lesquels nous avons voyagé en Egypte. C’est Eux, c’est tous ceux qui font partie de ce voyage.
Toutes ces rencontres, ces jours passés ensemble à « passer» ce voyage.
A passer les caps difficiles de l’interculturalité, de la langue, de l’échange réciproque, du partage, du « don» de soi.
A passer les étapes de la vie (de nos vies et de celles des filles): les rires, les pleurs, les peurs, les cris de joie, la démotivation devant le travail, les disputes entre filles, les examens, les fêtes de fin d’année, Pâques, les sorties, les repas partagés, les cultes, les voyages, les bonnes nouvelles, les jeux...
A passer ensemble.
A passer de paysages en paysages, de visage en visage.
A passer ses valeurs, ses idées, ses réflexions, ses chansons.

